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Perou

Journal de bord

 

On arrive à Puno, toujours au bord du Titicaca, mais côté Pérou, vers 16h. C'est difficile d'entrer dans la ville (beaucoup de circulation) car là aussi c'est la fête nationale. On voit un défilé de danseurs en costumes extravagants, et d'orchestres.
Dès la descente du bus on se dirige vers l'hôtel repéré dans le guide. Personne à l'accueil, les banos n'inspirent pas confiance, on décide de tenter notre chance ailleurs. On choisit, dans le guide, un hôtel un peu plus cher, mais une fois sur place, c'est carrément beaucoup plus cher (à cause de la fête, peut être ?). Un rabatteur nous propose un hôtel neuf pour 25B. On décide de le suivre. A l'arrivée, super chambre matrimoniale, avec bano privado, mais au rez de chaussée, côté rue (sécurité ?). On opte finalement pour une double, sans bano, au premier étage. Lessive, douche, et dîner de poulet (ça change !) dans un petit resto, près de la super rue touristique, surveillée par de nombreux flics.
On s'aperçoit alors qu'il y a une heure de décalage horaire ici.

Lundi 6 août 2001 (Stéph qui écrit) : Les îles flottantes des Uros et découverte de Puno

Ce matin on se réveille tôt, pour arriver avant tout le monde au port. On veut dégotter un bateau de pêcheur (pas cher) pour aller voir les célèbres îles flottantes des Uros.
Malheureusement, point de bateau de pêcheur en vue. On se rabat sur un des très nombreux bateaux touristiques, impossible à négocier (10B chacun). La balade dure à peine deux heures (dont presque une heure de trajet aller retour).
On s'arrête sur trois îles “touristiques”, petites (environ 500m2), où les locaux, assis en cercle, nous attendent pour vendre leur artisanat. En fait, ces personnes là ne dorment pas sur l'île, mais ne viennent en journée que pour les touristes. On est très déçus de ne pas aller sur une des grandes îles, que l'on aperçoit au loin, où les habitants vivent réellement. Surtout qu'eux aussi vendent de l'artisanat ; ils ne sont donc pas contre la visite des touristes.
En tous cas, l'impression de marcher sur 1m50 de roseaux posés sur l'eau est bizarre. Parfois on s'enfonce (dans les parties un peu pourries). Il faut ajouter des roseaux tous les six mois, pour compenser ceux qui ont pourri, au fond.
Avec Norbert, on s'offre une petite balade en pirogue, fabriquée aussi en roseaux, pour aller d'une île à l'autre. Cela fait drôle, aussi, de voir sur toutes les îles, une petite chapelle, ainsi que toute la basse cour (et même des cochons !).
En rentrant à l'hôtel, on passe réserver un bus pour Cuzco, pour le lendemain : on rend visite à de nombreuses compagnies. La plus chère nous propose 70B par personne ; on opte pour une autre à 30B pour deux. Le bus est pourtant pas mal du tout.
On profite de l'après midi pour glander un peu sur une place, où il y a une manifestation de profs, et pour monter en haut d'une colline (où il y a une statue du premier inca - pourquoi un premier ??), d'où on a une superbe vue de Puno.
Pour le dîner, on s'offre pizza et lasagnes dans un resto spécial touristes.

Mardi 7 août : Voyage vers Cuzco, installation à l'hôtel

Ce matin, nous prenons le bus pour Cuzco. Nous filons à la gare routière, déposons nos bagages dans le bus, et partons à la recherche d'un petit déj.
Le bus, tout au long du trajet, suit la ligne de chemin de fer. Nous sommes toujours au dessus de 3000m. Le temps est couvert, pour la première fois depuis notre départ.
Après plusieurs heures, le bus marque un arrêt pipi, au milieu de nulle part : autour du bus, une grande étendue plane, entourée au loin de hautes montagnes aux cimes enneigées. Je m'interroge : comment vont faire les femmes, pour faire leurs besoins discrètement (je suis concernée par ce problème !) ? A savoir que les locales ont souvent de larges jupes (avec, à ce que j'ai pu voir une fois, rien en dessous !) et s'accroupissent naturellement, avec leurs jupes étendues autour d'elles.
J'observe donc une locale en jean, et fait comme elle : Norbert me tient une veste devant moi. Les filles semblent rigoler. Peut être est-ce parce que Norbert est le seul garçon parmi tout le coin des filles (il peut donc voir une tripotée de fesses à l'air s'il se retourne) ! Bref, c'est folklorique, on perd toute sa pudeur. Et en plus, il neige !
Rien d'autre de particulier sur le trajet.
Nous arrivons vers 15h à Cuzco. Une femme nous attend à la gare avec mon nom, pour nous emmener à son hôtel (j'avais donné mon nom à un rabatteur, à Puno ; il a dû lui téléphoner). Nous suivons l'un de ses “boy” en taxi (c'est lui qui paye le taxi pour aller jusqu'au centre ville, alors même si nous ne choisissons par leur hôtel, on aura toujours gagné ça !).
En arrivant à l'hôtel, cadre très sympa, mais ils n'ont pas de chambre matrimoniale disponible ; ils nous en garantissent une pour le lendemain (ce dont on doute, vu comment ils ont l'air bordélique). D'ailleurs, on apprend que beaucoup de gens se plaignent de l'hôtel (malgré ce que dit notre guide). Qu'importe, nous avons une douche chaude, c'est l'essentiel.
Après un petit tour sur la grande “Plaza de Armas”, magnifique, nous mangeons dans un resto pas cher mais dégueulasse. Je continue à chouchouter Norbert, qui a l'estomac retourné depuis hier.

Mercredi 8 août (Norb) : déménagement, visite de la ville

Embrouille au réveil : Je demande à la patronne la chambre promise, que Stéphanie va visiter. Mais problème : il n'y a pas d'eau chaude. Nous décidons donc de garder la nôtre, mais la patronne explique à Stéphanie qu'elle est maintenant réservée ! D'après une française rencontrée à l'hôtel, c'est dans les usages de la maison de virer les clients ! Peut être est-ce parce que nous avons négocié le prix de la piaule et que d'autres clients sont prêts à payer plus cher… Moi malade, Stéph va prospecter pour un autre hôtel, et, une demi-heure plus tard, on décampe, sans rien dire à personne, mais le regard noir… (la première nuit est toujours payée d'avance). L'hôtel que Stéph a dégoté est familial, donc tranquille (seulement quatre ou cinq piaules), et de plus, nous sommes obligés de sonner pour rentrer, à chaque fois, donc une meilleure sécurité.

Jeudi 9 août : cool, cool, aujourd'hui

Peu de choses intéressantes à raconter : balade dans la ville, au marché, et réservation pour le circuit à la réserve naturelle, bio-sphérique, de Manu. Stéph fait passer le prix de 620$ à 425$ la semaine. Encore chapeau !

Vendredi 10 août : ???

Pas de journal pour ce jour.

Samedi 11 août : Départ pour l'Amazonie

Rendez-vous à 6h30, près de l'agence. Tout le monde grimpe dans le minibus, et c'est parti.
On s'arrête une heure plus tard pour (petit) déjeuner au bord de la route.
Le bus grimpe ensuite dans la montagne, où beaucoup d'eucalyptus (comme nous en avions vus à l'Isla del Sol) ont été planté, après que les graines aient été importées d'Australie. Cet arbre, en effet, pousse très vite, de façon rectiligne, et est donc facile à exploiter. Malheureusement, comme nous l'explique notre guide biologiste, il détruit très vite la nature du sol. Nous faisons un arrêt pour aller voir des tombes, à flanc de colline.
Puis, après un paysage de montagne où seuls broussailles et eucalyptus daignent pousser, nous passons un col, et, s'étale devant nos yeux ébahis, de la forêt à perte de vue. La réserve de Manu commence ici.
Après une heure de route, arrêt bouffe, puis petite balade à pied où nous observons divers oiseaux, dont le fameux “coq de roche”. Nous traversons quelques villages ambiance Amazonie : maisons de terre aux toits en tôle ondulée, et pis les gens y z'ont des tee shirts tout sales, des shorts troués et souvent pas d'chaussures ! Enfin arrivés, nous prenons acquisition de notre chambre désignée, puis allons manger tous ensemble. Un énorme papillon de nuit semble chercher son chemin ; je l'ai tout d'abord pris pour une chauve souris !!

Dimanche 12 août (Stéph et Norb) : Pirogue, premier campement, balade nocturne

La nuit est courte : à 4h30 du mat, il y a beaucoup d'agitation. Il semble qu'un autre groupe se prépare à partir, donc bruits de douche, portes qui claquent… Impossible, ensuite, de se rendormir, avant notre réveil à 6h.
Le petit déj. est décevant : du pain un peu rassis, et en thé, soit du maté de coca, soit du thé à la cannelle (un peu spécial, non ?).
Nous voilà repartis pour une heure de bus (Norb et moi avons réussi à se mettre ensemble - contrairement à hier - en faisant un peu de forcing, sinon personne ne nous aurait proposé sa place, et on serait encore le seul couple séparé).
Bref, pendant le trajet en bus, on en descend deux fois car celui-ci est très bas de caisse et ne peut pas passer de petits trous dans la route, ou de rivières, sans frotter. Tout le monde s'accorde à dire que ce véhicule n'est pas du tout adapté. Puis le bus s'arrête dans un cul de sac ; il faut maintenant continuer en pirogue. Nous transférons donc les sacs et toute la nourriture pour les sept jours suivant.
Les sièges, dans la pirogue, sont confortables, inclinables, et il y a de la place pour caser nos jambes… Ils sont tout droit sortis d'un bus mis au rebus. Le midi, le repas est préparé et servi à bord pour ne pas perdre de temps.
Après un arrêt pipi sur la berge, et un autre pour faire le plein d'essence, les pirogues parviennent au premier campement. Nous plantons les tentes, et, en guise de douche (l'eau de la douche est tirée de la rivière, donc très boueuse !), allons nous baigner dans la rivière Manu avec le guide. Tous les autres nous observent ; ils sont septiques car ils ont vu des caïmans cet après midi.
La nuit tombée, nous partons avec le guide, chacun une torche à la main. Des lucioles volent partout, une espèce de blatte d'environ 6cm de long squatte un tronc d'arbre, le guide fait sortir de son trou une énorme tarentule et ses petits, puis encore une autre, plus loin. Au retour, seul un serpent orange (50cm de long) attire notre attention. Nous dînons, puis le guide nous montre des yeux de caïman qui brillent au loin, ainsi que des lapins sauvages qui tournent autour de nos tentes.
Deuxième jour et toujours pas de Manu, peut-être le verrons nous ce soir au bar. Mais non, j'déconne !

 Lundi 13 août (Norb) : Tortues, singes, aras…

Après le petit-déj on démonte les tentes, et on part pour une balade de deux heures. On observe beaucoup d'oiseaux, et des singes moustachus qui nous fuient, lentement, dans un fracas de branches.
De retour au bateau, cinq heures de trajet nous attendent pour nous enfoncer plus loin, dans la réserve de la Rivière Manu. La largeur de celle-ci est d'environ 30m ; elle serpente énormément et est semée d'obstacles, tels que troncs d'arbres ou bancs de sable. Les aigrettes blanches sont nombreuses… Martin pêcheurs, hérons et autres oiseaux semblent faire la course avec la pirogue… Des tortues en file indienne et par ordre de taille sur un tronc d'arbre… De jeunes caïmans, dont seuls les yeux sortent de l'eau, et la mère, sans doute, qui au loin se jette dans l'eau avant qu'on arrive à elle… Des singes roux se nourrissant sur la rive…
Bref on finit par arriver vers 14-15h. Nous plantons les tentes sur un plancher de bois surélevé ; les quatre poteaux, aux angles, supportent un toit fait de feuilles de palmiers.
Puis encore une balade de deux heures avec le guide, où nous rencontrons une autre espèce de singe, toujours en bande, qui fait un sacré bordel ! Des aras rouges sont perchés haut dans les arbres, nous passons devant ce que je crois être un fromager, arbre à la circonférence impressionnante et dont les racines dépassent notre hauteur.
Au retour, des aras jaunes survolent le camp, dans un espèce de feu d'artifice en plein jour (dixit Stéph), et j'aperçois un toucan, haut perché lui aussi. Après une douche bien méritée, nous prenons un thé (maté ou cannelle), puis dînons : soupe, pâtes, et un dessert à tendance cannelle et clous de girofles !
Installés dans nos duvets (ou plutôt sur, vu la chaleur) nous écoutons les bruits de la jungle : grillons, oiseaux, et branches qui craquent. La nuit je me lève pour aller aux toilettes ; je fais finalement près de la tente. Il fait noir de chez noir et je ne suis pas fier. Même pas les étoiles pour éclairer un peu ; et les traces de jaguar et de tapir rencontrées hier ne rassurent pas !

Mardi 14 août : Toucans, loutres géantes, capibara…

Levés à 5h, nous partons en direction d'une tour d'observation. 30m de hauteur environ, vue sur les arbres d'un côté, sur un lac de l'autre. Les perroquets ne sont pas au rendez-vous ; seul un singe, sur une branche, se réveille, ainsi que quelques oiseaux sur le lac. Nous continuons notre marche et rentrons bredouilles deux heures plus tard.
Petit-déj, une heure de battement, et nous repartons pour quatre heures de marche dans la forêt vierge (à part le chemin qui la traverse). Nous rencontrons quelques petits toucans, deux énormes araignées, un énorme papillon bleu électrique, des traces de jaguar, et un groupe de singes, dans les arbres, pas discrets du tout. Après ce maigre butin, nous reprenons la pirogue et traversons la rivière.
Nous mangeons dans un campside vide puis, après dix minutes de marche, atteignons un lac, où un “catamaran” de fortune (deux pirogues assemblées par un plancher) nous attend. Nous sommes dix touristes sur le bateau, plus deux rameurs et le guide. Il semble que nous ne dérangions personne par notre passage ; des aras passent dans le ciel, aigrettes et hérons s'envolent, nous approchons de très près des bébés caïmans, observons pendant dix minutes des loutres géantes, en plein dîner et conversation.
De nouveau sur la pirogue, sur le chemin du retour, un capibara peu farouche marche sur la rive, puis nous voyons furtivement un coati, animal à la forme d'un rat, mais de la taille d'un gros chat, avec une épaisse fourrure brune et rayée noire sur la queue.
De retour, nous prenons une douche bien méritée, à la torche, car il n'y a pas d'électricité ici. On se savonne mais sans abuser, car l'eau pompée dans la rivière est un peu boueuse ; les porte manteaux sont installés juste sous la pomme de douche (!). On se pomme un peu pour retrouver la tente, dans le noir, malgré nos lampes de poche.
Au dîner, ce soir, l'éternelle soupe où sont mélangés frites, pâtes et divers légumes, puis l'assiette de riz, frites, et viande, et bien sûr le fameux dessert cannelle et clous de girofle, merveille de la cuisine britannique.

Mercredi 15 août : Encore et toujours… pirogue, bivouac sur la plage

Ce matin, porridge au petit-déj. Je préfèrerais les œufs au plat d'hier ou les pancakes d'avant hier.
Bref, on défait le camp pour quitter la rivière Manu et monter notre tente près de Macaw Bay. Rien de spécial à voir pendant le trajet, et de toute façon tout le monde est crevé et dort. Au fur et à mesure du parcours le ciel s'obscurcit, et bientôt tombe une petite pluie, que nous n'avions pas vue depuis longtemps. La pirogue est couverte et seuls les deux anglais qui squattent les premières loges de la pirogue, depuis le début, sont trempés. Bien fait pour eux, gna gna gna !
Nous nous arrêtons à terre pour manger, là où les deux rivières se rejoignent (Mona Bacu), puis repartons pour l'endroit où le campement est prévu puisque, contrairement au programme, il n'y aura pas de lodge ce soir, ni douche, ni chiottes, rien !! Avouez que la différence est de taille, et que c'est prétexte à mutinerie. Bref, chacun monte sa tente, va chercher du bois, et nous squattons autour du feu en attendant la bouffe. Feu qui fume, plus qu'il ne brûle, car, comme nos vêtements, il est humide, du fait de l'abondante rosée du matin. Tout le monde part se coucher assez tôt, car demain le réveil est à 5h ; nous allons taquiner le ara.

Jeudi 16 août : Macaw lick

Nous faisons les sacs, que nous laissons dans les tentes ; celles ci seront démontées après notre départ.
Vingt minutes de pirogue, et nous atteignons la barge couverte qui nous servira de camouflage pour approcher les perroquets. Il est encore tôt ; le petit-déjeuner est servi sur place : pancakes et pain qui, au fil des jours, durcit ! Petit désappointement lorsqu'un autre groupe surgit. Nous pensions être seuls sur la barge (une quinzaine), nous sommes en fait le double. Deux rangées de chaises sont installées, nous avons la chance d'être aux premières loges.
Plus d'une centaine de perruches d'un vert éclatant vont et viennent d'arbre en arbre, mais ne se décident pas à aller manger la glaise (certainement parce qu'il a plu, la veille). Ils finissent par repartir en couples, puis c'est de nouveau l'attente.
Alors, des aras, jusque là une dizaine éparpillés, se rassemblent sur un seul arbre. Ils sont au moins trente, et sûrement plus, on a l'impression que l'arbre commence à plier sous le poids. La barge, actionnée par des cordes reliées à la berge, se met en mouvement, s'approche presque imperceptiblement de la petite falaise de glaise, puis recule de nouveau. Nous progressons parallèlement à la rive, lorsque les aras se décident pour le repas qui les aidera à évacuer les toxines accumulées. C'est un ballet incessant, je mitraille au Canon leurs aller-retours. Puis, estimant que cela suffisait, ils s'envolent chacun de leur côté, plus loin dans la forêt.
Il est 10h lorsque la pirogue vient nous chercher ; nous prenons la “route” pour le prochain campement.
Nous nous arrêtons d'abord à l'aéroport pour déposer les huit personnes qui font le retour en avion. Il s'agit en fait d'une piste de terre battue et d'une baraque, où est posée une radio sur une vieille table en bois.
Arrivés de nouveau au croisement des deux rivières, nous faisons une halte pour reprendre de l'essence.
Arrivés au camp, douche obligatoire, puis dîner arrosé de rosé, que l'on apporte au dessert. Un singe araignée anime le repas, ainsi qu'un capibara, lui aussi apprivoisé.

Vendredi 17 août : Retour à la civilisation

 Le singe, le capibara, ainsi que les deux espèces de faisans sont sur la rive pour nous dire au revoir.
Rien de spécial à voir sur la route, nous remontons péniblement le courant. Arrêt miam miam sur la rive, où certains ont le courage de se baigner. Le ciel se couvre de nouveau, et des nuages remontent les pentes des montagnes qui sont apparues depuis peu, signe que nous arrivons.
Transfert des sacs sur le bus qui est toujours le même : inadapté. Puis nous arrivons dans le village où nous avions passé la première nuit. Douche + rasage, obligatoire pour moi, dîner d'un steak-riz, et tout le monde au dodo : demain, debout à 4h30, direction Cuzco.

Samedi 18 août : Pisac et la fête de “San Roques”

 Après une heure de route nous nous arrêtons revoir les coqs de roche, oiseaux rouges ou orange fluo, qui font un vacarme d'enfer. Puis arrêt petit-déj, et nous sortons de la réserve pour nous retrouver dans les nuages. Arrêt, vers 11h30, dans un village pour déjeuner, nous sommes en avance.
On arrive à Cusco vers 15h30. Le guide descend à l'entrée de la ville ; le problème du pourboire ne se pose donc pas. Nous retournons à l'agence rendre les jumelles, personne ne nous demande de payer pour la location (6$) !
Puis nous partons chercher un appareil photo pour Stéph. Nous trouvons le même que le sien, mais la dernière version, à 460$. Très cher donc, mais de toutes façons la vitrine du magasin est fermée, et le vendeur en a perdu les clés ! On va voir plus loin : le même est à 399$. Nous essayons de négocier le prix, mais rien à faire, on a juste droit à une pile gratuite pour mon appareil.
Nous filons ensuite à la recherche d'un minibus pour Pisac, que nous trouvons difficilement. Il s'agit, en fait, d'un bus qui part dans dix minutes, pour seulement 2 sol par personne, pour une heure de trajet !
Arrivés à Pisac, nous faisons trois hôtels (dont un à 20$ la nuit), et optons, après négociation, pour un autre à 15 sol par personne, avec douche chaude. Nous nous installons et sortons dîner.
Nous sommes tombés en plein jour de fête : des gens drapés de blanc marchent sur la place, en procession, au son de tambours et flûtes, et à l'accélération du rythme, courent, armés de bouteilles en plastique vides, “assommer” les gens. C'est la débandade sur la place. Stéph, sortie du resto pour prendre des photos, se fait matraquer sans ménagement. Nous apprenons ensuite que c'est la fête de “San Roques”. On rigole beaucoup. En pleine nuit, à 4h, la fête reprend !

Dimanche 19 août (Stéph) : Marché et ruines Inca

Après une bonne douche chaude et un petit-déj (léger) pris dans un resto, de l'autre côte de la place, nous revenons à l'hôtel laver un peu de linge. Pas de chance, il n'y a pas d'eau. La patronne nous informe qu'il y en aura à 11h.
Nous attendons patiemment et en profitons pour prendre des photos de la place, du balcon d'une autre chambre. Aujourd'hui, dimanche, a lieu le marché hebdomadaire, très réputé. Il s'agit principalement d'un marché artisanal ; beaucoup de vendeurs viennent de Cuzco exprès.
A 11h30 toujours pas d'eau ; on en parle à la patronne, mais bien sûr ça ne changera rien. C'est alors qu'on s'aperçoit qu'il y a de l'eau à l'étage inférieur, dans les lavabos des toilettes du resto. On fait tremper slips et chaussettes. A ce moment là, sort de l'église une procession de locaux, accompagnés de curés et d'enfants de chœur, portant sur leurs épaules de nombreux personnages religieux et des offrandes. Je mitraille avec mon appareil photo car la plupart sont habillés en costume traditionnel. Lorsque je rentre à l'hôtel, Norbert fait la lessive dans l'arrière cour. La patronne n'a pas beaucoup apprécié notre lessive dans les WC du resto, alors que les clients commençaient à affluer.
Après un déjeuner (pas très bon) pris sur le marché, nous prenons un taxi, qui nous emmène au pied des ruines Inca, à flanc de montagne. Surprise : nous devons acheter le “bolleto touristico” à 10$ car celui à 6, pour Ollantaytambo également, n'est valable qu'un jour. Il y a quatre sites différents, que nous découvrons en un peu plus d'une heure. Nous redescendons en ville à pied (en moins d'une heure). La vue est très belle ; dommage que le ciel soit couvert et qu'il mouillasse de temps en temps.
En arrivant en ville, je m'offre une petite paire de boucles d'oreilles à 6 sol (une turquoise, que surplombe un Inca). Les locaux commencent à ranger leurs stands (il est 5h environ), peut être à cause du temps, mais aussi parce que les nombreux touristes, venus passer la journée, ont déserté.
A l'hôtel, toujours pas d'eau (donc pas de chasse d'eau !), ça devient énervant !

Lundi 20 août (Norb) : Arrivée à Ollantaytambo, glandage

Réveillés à 8h30, nous décidons de nous lever pour profiter de l'eau, s'il y en a. Stéph a à peine le temps de se rincer les cheveux que l'eau s'arrête de couler. Petit-déj en face ; nous mangeons en plus des petits pains que nous avons achetés chez le boulanger traditionnel, cuits dans un four en terre.
De retour, nous faisons les sacs ; nos fringues sont presque sèches. Arrivés près du pont, nous avons tout de suite un bus pour Urubamba. Trente minutes de trajet, puis nous changeons pour un minibus, tassés comme des poules, jusqu'à Ollantaytambo : petit village en cul de sac, demain il nous faudra continuer en train pour rejoindre Agua Calientes, le village du Machu Picchu.
Nous trouvons une chambre pas chère (20 sol) sans problème ; on s'installe et allons tout de suite nous renseigner à la gare. Un garde nous indique les horaires et le prix (départ 20h30, 10$), mais nous demande de repasser à 18h, pour réserver. De retour à l'hôtel, nous mangeons un sandwich à la banane (c'est presque devenu notre repas de dépannage du midi, car on ne sait jamais combien de temps vont mettre les bus, il faut donc toujours avoir de la bouffe sur soi !). Je fais ensuite une sieste, pendant que Stéph bouquine.
Lorsque nous ressortons le temps est maussade ; nous mangeons des chips sur la petite place, puis allons nous réfugier dans un petit bar, boire café et thé. Nous lisons, chacun de notre côté, pendant deux heures, toujours ça de gagné car il n'y a rien à faire ici, sauf les ruines Inca qui nous narguent, mais que nous ferons demain. Un petit tour sur le marché, où nous dégotons une ampoule pour la torche de Stéph, et une paire de chaussettes.
On rentre à l'hôtel, et ressortons un peu plus tard pour aller manger une pizza. Très bonne, mais longue à venir ; on ne s'éternise pas, car un groupe de français beauf++ nous exaspère. Lecture sous les draps (il fait très très froid et il manque un morceau de verre à la fenêtre), puis dodo.

Mardi 21 août : Ruines Inca, glandage, départ pour Agua Calientes

On prend le temps pour se réveiller, ce matin, car on a tout le temps ! Ou plutôt, je prends le temps car, comme d'hab, Stéph est réveillée avant moi. Petit-déj au pied des ruines, sur le bord de la route, puis nous retournons pré-préparer les sacs.
Nous sommes aux ruines à 11h et attaquons l'ascension. Deux rangées de marches, perpendiculaires aux terrasses, nous amènent aux premières “habitations”. De gros blocs de pierre ont été polis, ajustés puis emboîtés. Depuis six cent ans, rien n'a bougé ; pas un millimètre de jeu entre les pierres. De la belle ouvrage, que nous avons déjà vue sur beaucoup de maisons à Cuzco.
Après avoir visité le site principal d'Ollantaytambo, sous prétexte d'aller voir des maisons haut perchées, Stéph m'entraîne dans une folle ascension. Bref, au bout de deux heures, nous savons tout sur les Inca, leurs us et coutumes, vie sexuelle et touticuenti. Non, je déconne, on a glané quelques infos en collant de près des guides français.
Sandwich banane, de retour à l'hôtel. Et puis on fait les sacs, que nous descendons à la dame afin de libérer la chambre ; puis retour sur la place, où nous prenons un verre et faisons passer le temps en essayant de faire un planning pour le Vénézuéla. A 5h30 nous descendons, en avance, à la gare, et c'est tant mieux car le guichet ouvre en avance, et nous avons les premières places : la une et la deux. Contrairement au panneau qui explique que les billets à 10$ sont réservés aux locaux, le guichetier ne pose pas de problème. Nous remontons sur la place prendre un verre dans la pizzeria où nous avons mangé la veille, nous faisons traîner et commandons un repas frugal. Nous faisons traîner encore puis allons chercher les sacs à l'hôtel et descendons, pas trop vite, à la gare. Le train est là.
Deux heures après, nous sommes à Agua Calientes. Les quais sont, en fait, les trottoirs des hôtels, des restaurants, des bars, et des échoppes. Bref, le train est dans la ville. Tout le monde en descend, il est 22h et on fait tous la course pour trouver une chambre d'hôtel libre. Nous trouvons, pour notre part, une belle chambre, mais tout en haut de la rue principale (montée éreintante) ; on se couche vite car demain on se lève encore très tôt : objectif : être dans les premiers sur le site du Machu Picchu.

Mercredi 22 août : Le Machu Picchu

Le premier bus pour le Machu Picchu est à 6h30. Nous achetons des gâteaux, et le billet aller simple.
A 7h nous arrivons à l'entrée de la réserve, payons les 20$, et montons les marches qui nous amènent aux ruines proprement dites. Nous sommes très vite sur les terrasses qui surplombent l'ensemble. Tout pareil que sur les cartes postales !
Le soleil n'est pas au rendez-vous, mais pas besoin de ça pour le grandiose. Nous prenons des photos, comme tout le monde, avant que le site ne soit pollué de touristes. Puis la “marée humaine” monte, alors nous commençons la visite. Nous décidons de quitter le site à 11h ; quatre heures sur place, c'est déjà pas mal.
Pour le retour, nous ne reprenons pas le bus, nous redescendons toute la montagne à pied, jusqu'au centre ville. Nous arrivons à l'hôtel une heure et demie plus tard, et prenons une douche chaude bien méritée, après avoir changé de chambre pour une matrimoniale (c'est à dire une chambre avec un grand lit au lieu de deux petits). On sort ensuite manger, à 50m de là. On pète la dale grave.
Petite balade en ville ; on laisse tomber les bains chauds ou “eaux thermales” (d'où le nom de la ville Agua Calientes qui signifie “eaux chaudes”), qui sont en fait dans des piscines en béton. Nous allons acheter, à la gare, les billets de train pour le retour de demain, faisons de petites courses pour le tidéj, puis nous prenons un verre. Dîner assez tôt dans un resto végétarien, puis dodo.

Jeudi 23 août : Retour à Cuzco

Le train est à 6h30. Donc, encore levés tôt, nous arrivons à Ollantaytambo, et prenons tout de suite un bus direct pour Cuzco. Le trajet n'est pas le même qu'à l'aller. Au lieu de prendre par la vallée, nous coupons par les hauts plateaux, ce qui nous rappelle beaucoup les paysages de Bolivie. Les champs dorés sont découpés en carrés, la cordillère enneigée au loin. Après presque une semaine de temps couvert, le soleil et son pote ciel bleu ont refait leurs apparitions.
On arrive à Cuzco à 11h, et prenons une chambre très moyenne, pour un prix moyen, près du centre. Stéph dépose des fringues à laver, puis nous allons interneter. Pas beaucoup de nouveaux messages, nous envoyons un résumé de nos aventures. Nous allons ensuite à la gare routière prendre les billets de bus pour demain (encore et encore) puis revenons en minibus. Quelques courses (encore et encore), nous déjeunons d'empanadas, Stéph achète un tee shirt, et puis rien de spécial.
Le soir, on bouffe dans la piaule : cacahuètes en apéro, puis avocat avec mayo récupérée dans un paquet de chips, et tomates dans des petits pains. Le dessert est foireux : le chocolat en tablette que nous avons acheté est en fait à diluer dans du lait chaud, et sans sucre, impossible à manger comme ça.

Vendredi 24 août (Norb et Stéph) : Voyage vers Arequipa, paysages superbes

 On prend un taxi qui nous emmène à la gare de bus. Après un tidéj sur place, nous montons dans le bus, qui démarre à l'heure ! C'est parti pour douze heures de route dans les montagnes. Nous rencontrons beaucoup d'alpagas et quelques locaux sortis d'on ne sait où.
La ville de destination est Arequipa, la deuxième plus grande ville du pays après Lima, sa capitale. C'est, en tous cas, ce qu'on a lu dans le Lonely Planet, mais va savoir pourquoi, Norb et moi s'imaginions une petite ville tranquille. Bref, sur la route, on voit pas mal de neige (en bus, nous sommes montés à plus de 4500m). En arrivant près d'Arequipa, le peu de route goudronnée à laquelle nous avons eu droit est complètement fissurée. On pense d'abord au manque d'efficacité des péruviens, car cette route coupe en deux les montagnes, dont ils ont fait sauté le milieu (quelles mauvaises langues !). On réalise plus tard que c'est probablement dû au tremblement de terre d'il y a deux mois.
On arrive dans la ville, avec, à gauche, le majestueux volcan conique El Misti, dont le sommet est enneigé et d'où s'échappent des fumerolles. La ville nous surprend : polluée, industrialisée, beaucoup de néons, de publicités, de flics en moto habillés comme ceux de la série TV américaine Chips : on dirait une ville des US petit modèle.
Vue l'heure tardive à laquelle nous arrivons (19h), nous avons un peu de mal à trouver une piaule : soit c'est complet, soit c'est trop cher… Finalement un français, sortant d'un hôtel, nous le conseille : TV (avec TV5, chaîne francophone), bains privés avec eau chaude, bref le grand luxe à prix bradés. Nous entrons donc. Malgré un prix affiché à 30$ (environ 240f ), nous obtenons la chambre à 35sol ( 77f ) ! Nous sommes comme fous : la chambre et la salle de bain sont immenses et hyper classe (type 3 ou 4 étoiles en France).
Nous dînons à l'alliance française, située juste en face de l'hôtel ; malheureusement nous sommes déçus. Le repas est plus péruvien que français, et le serveur ne parle pas français, un comble !

Samedi 25 août (Stéph) : Couvent Santa Catalina

On profite de cette superbe piaule pour traîner un peu. Puis, petit déj, vraiment délicieux, malgré un petit prix, mais difficilement trouvé (soit disant que Cuzco et Lima sont des villes très chères car touristique et capitale, mais Arequipa semble au moins aussi chère).
Nous filons ensuite à la gare routière, en minibus, pour réserver notre trajet du lendemain, vers le canyon de Colca. Nous profitons aussi de notre temps libre pour trouver (et réserver) une piaule pour notre retour du canyon, car notre super piaule actuelle est quand même plus chère que ce qu'on veut mettre.
L'après midi nous partons à la découverte du monastère de Santa Catalina. Avec ses 20.000m², c'est véritablement une ville dans la ville, avec ses rues, sa fontaine… Tiens, d'ailleurs, un groupe commence tout juste la visite avec une guide, en français. Nous les suivons. Nous ne le regrettons pas, tant les explications sont importantes. Du genre : les novices de 12 – 13 ans étaient envoyées au couvent par leur famille (du 16è au 19è siècle), et enfermées dans un mini cloître pendant quatre ans, avec interdiction de se parler ou d'avoir des nouvelles de l'extérieur, dans le seul but de réfléchir à leur vocation. Saisissant !!! Surtout que, lorsqu'elles deviennent sœurs, elles vivent dans l'opulence et la richesse du couvent, avec servantes noires à leur service (celles-ci dormant à même le sol), et ce, malgré leur vœu de pauvreté.
Après le couvent, nous rentrons à l'hôtel profiter de notre super piaule, et regarder la télé toute la soirée. Quelle drogue !

Dimanche 26 août (Norb) : Voyage vers Cabanaconde

Le bus est à 12h, nous prenons notre temps pour remballer les sacs et aller déjeuner. Les six heures de bus jusqu'à Cabanaconde passent assez vite. Nous lisons beaucoup et dormons pas mal. Ils doivent mettre des trucs dans la bouffe !
Arrivés à Cabanaconde, plusieurs rabatteurs nous tombent dessus, mais nous nous tenons à l'hôtel choisi dans le guide. La chambre est faite de briques de terre et de paille, de matelas du genre “le premier qui s'endort a gagné”, et d'une porte en tôle ondulée. Ambiance rustique, Stéph négocie un prix rustique.
Pas motivés par la douche, nous allons manger sur la place, et allons nous coucher.
Ah ! J'ai oublié de dire que ce matin, à Arequipa, nous étions allés sur la Plaza de Armas (il y a toujours une Plaza de Armas, dans toute ville qui se respecte, au Pérou), où un défilé défilait. Des adolescent(es) dansaient, un groupe en costume traditionnel jouait de la musique (flûtes de pan et compagnie), et des petits avançaient en exécutant de timides pas de danse.
Décidément, entre les processions, les défilés, et les mannifs en tous genres, nous sommes gâtés.

Lundi 27 août : Canyon de Colca et retour à Arequipa

Lever à 7h et déjeuner à 8.
Nous partons ensuite voir ce fameux canyon. Chemin faisant, nous rencontrons un homme et son âne ; ils partent ramasser diverses herbes pour la nourriture, et du fourrage pour les bêtes. Nous faisons un bout de chemin ensemble en échangeant des idées France/Pérou.
Arrivés au point de vue, nous observons le fameux canyon, et tombons d'accord sur nos sentiments de déception. Les trois mille mètres d'à pic ne sont pas là, et puis on a vu mieux. Mais tout est affaire de point de vue.
Néanmoins, notre lot de consolation ne tarde pas, sous la forme de quatre condors qui s'approchent dans un plané majestueux, à moins de cinquante mètres de nous. Ils restent là quelques instants, puis s'en vont chercher carcasses moins imposantes que les nôtres, laissant la place à deux autres, plus tard. Après qu'“El Condor Passa”, on rebrousse chemin jusqu'au village, croisons ânes, cochons, vaches et chiens errants, prenons le soleil et remballons les sacs.
Le bus de 11h30 part à 35, revient au point de départ à 40 prendre d'autres passagers, puis idem à 50, et ce jusqu'à 12h. N'importe quoi ! Nous admirons du bus les montagnes, zébrées de terrasses, et les pics enneigés. Puis le bus s'arrête à 14h, afin que notre chauffeur puisse se sustenter. Nous arrivons péniblement à Arequipa lorsque la nuit tombe ; les montagnes prennent la couleur du soleil couchant.
Puis le taxi nous dépose à l'hôtel réservé plus tôt. Et enfin, 3D (dîner, douche, dormir).

Mardi 28 août : Pensées philosophiques, musée Inca

Cela fait maintenant trois mois que nous sommes partis, et j'ai, seulement aujourd'hui, cette sensation de ne plus être en vacances, mais plutôt de commencer une vie de tous les jours. Changer d'hôtel et de ville, prendre des bus, acheter notre bouteille d'eau quotidienne, sans cesse tout négocier, tout cela est devenu normal ; mon esprit l'a intégré pour les jours et les mois à venir.
C'est à partir d'aujourd'hui seulement que mon être est appelé à se modifier. En effet, les gens partent en vacances, changent d'habitudes, prennent du recul éventuellement, et oublient tout quelques mois après leur retour. Seules des images restent, l'expérience n'est pas assez longue pour que l'esprit s'en trouve marqué. Les voyages forment la jeunesse, et c'est vrai, car avant l'adolescence l'esprit est encore malléable, un mois suffit pour forger une portion de caractère. C'est depuis peu, aussi, que de vieux souvenirs me reviennent, que je prends le temps d'y penser ; des images et faits entassés au fond de ma mémoire poussiéreuse réapparaissent. Peut-être que ce voyage m'est aussi nécessaire pour faire un premier point sur le premier tiers de ma vie.
Après s'être aperçu que les chiottes de la piaule étaient bouchées, nous demandons à changer de chambre. C'est à ce moment là que je m'aperçois qu'en forçant un peu, j'arrive à ouvrir la porte principale de notre chambre, fermée à clé ! Bref, on déménage.
Nous allons petit déjeuner, puis Stéph va porter du linge à laver. Visite ensuite du musée Sanctuarios Andinos, où sont rassemblés différentes poteries et tissus, retrouvés sur des sommets environnants, dans des tombes Inca. Est exposée aussi, une momie (“Juanita ”), dans un congélateur transparent. Elle a été découverte au sommet d'un volcan, suite à l'éruption de celui-ci. Bref, une sombre histoire, très intéressante.
Nous devions faire une longue balade, que nous abandonnons, suite à la découverte de la terrasse de l'hôtel : vue sur l'église, portes grandes ouvertes… nous assistons presque à la messe, et volcan fumant de l'autre côté. Ambiance parasols en raphia, et sièges en osier : glandage assuré.
Quelques courses pour demain et 3D.

Mercredi 29 août : Direction Nazca

Embrouille du matin : Stéph négocie un taxi à 2sol pour la gare, on embarque, puis à l'arrivée le chauffeur nous annonce 3.5sol. Stéph se met à gueuler, le gars annonce 3, je dis 2.5 et Stéph m'engueule parce que c'était convenu à 2, que c'est elle qui a négocié, que j'ai pas à m'en mêler, et patati et patata… Bref, Stéph finit toujours par gueuler quand on se fout de notre gueule, et on se fout de notre gueule au moins 2 à 3 fois par jour depuis que nous sommes au Pérou. C'est vrai ! Mais je trouvais juste qu'à 6h du mat, c'était trop tôt pour gueuler.
Nous montons donc dans le bus pour Nazca, qui fait le trajet d'une traite, car le restaurant dans lequel il s'arrête n'a plus de nourriture ! Si, ça se peut ! Dix heures de trajet, où Stéph réussit quand même à vider sa vessie.
Arrivés à Nazca, un rabatteur nous propose une chambre. On accepte d'aller avec lui ; ça fait toujours une course de taxi en moins à payer. La chambre proposée est pourrie ; on va voir chez le voisin.
Recherche ensuite d'une agence pour survoler les lignes de Nazca, que nous négocions à 30$ tout compris.
Et enfin, petite balade, pour se mettre en appétit et trouver un resto. On se serait bien laisser tenter par le chinois, mais apparemment ils ne parlent pas espagnol, et nous pas chinois… on laisse tomber.

Jeudi 30 août : Survol des lignes de Nazca et direction Ica

Encore le fiasco ce matin : on doit passer nous prendre à 11h ce matin pour le survol des « Lignes de Nazca » ; un coup de téléphone nous avertit que le minibus arrive tout de suite, il est 10h ! Entre temps, la réceptionniste m'annonce que le prix de la chambre a changé dans la nuit : 30 au lieu de 25sol. Ils essaient, en fait, de récupérer le prix du petit-déj que Stéph a négocié avec le prix de la chambre ; bref on décide de faire nos bagages bien qu'ils essaient de nous rattraper, en acceptant les 25. Question de principe et d'honneur !
Une fois à l'aéroport, on apprend que la taxe n'est plus comprise, on gueule mais rien à faire, on finit par payer. Ensuite, on apprend aussi que les avions de cinq places, comme prévu, n'existent plus, seuls ceux de trois places sont disponibles, et qu'il est possible de décoller tout de suite, mais pour 10$ de plus ! Nous sommes arrivés à 10h30, avons vu un film de présentation d'une heure sur les Nazca, très intéressant, avec la voix de Bernard Giraudeau. Il est maintenant 14h et la tension est à son comble, car les touristes arrivent par couple, et pour faire un avion de trois avec 2 couples, y a du boulot. On n'a pas envie de faire le vol séparés. Le vol s'effectue enfin à 15h, Stéph est malade dès le début, et la vision des lignes est finalement un peu décevante.
Nous mangeons une superbe salade d'avocat dans l'hôtel d'en face, puis prenons le bus pour Ica, où nous prenons une piaule pas chère, et ressortons.
Pendant que nous regardons des CD dans la rue, un homme avertit Stéph qu'elle a une grosse tâche dans le dos, et lui propose d'aller se nettoyer pas loin d'ici. La tâche qu'il nous dit être une merde d'oiseau est en fait du chocolat, et je n'ai jamais vu d'oiseau chier des trucs aussi balaise, à part peut-être une autruche, mais vu qu'il n'y a pas d'autruche ici, et que même s'il y en avait, elle ne monterait pas sur les toits pour chier sur les touristes, ça éveille nos sens. Il s'agit en fait d'un coup monté, expliqué dans tous les guides, pour dépouiller les touristes. Et lorsque nous rentrons à l'hôtel, je m'aperçois moi aussi que je suis maculé de chocolat dans le dos. Décision est prise, vue l'ambiance et les rues dignes de Beyrouth Ouest : on se casse demain.

Vendredi 31 août : L'oasis d'Huacachina

Une fois les bagages faits, on prend une espèce de tuk tuk (engin motorisé à trois roues) qui nous emmène à Huacachina. Il s'agit d'un village formé autour d'un lac bordé de palmiers. Eucalyptus et dunes de sable d'une cinquantaine de mètres de hauteur entourent le village. C'est hallucinant de trouver ça ici ; Stéph a l'impression d'être dans une oasis en tunisie. Des pédalos progressent sur le lac, laissant derrière eux une traînée de mousse ; des gamins osent se baigner.
Nous faisons plusieurs hôtels et optons pour une pension de famille.
Autour du lac, des amoureux se bécotent. Petite balade dans les dunes, puis la nuit tombe, la ville devient déserte ; tout le monde est rentré à Ica : les gamins qui jouaient au cerf-volant, les surfeurs sur les dunes…etc.

Samedi 1er septembre : Pucusana

Bientôt la rentrée des classes, c'est la réflexion du jour.
Petit-déj en terrasse, d'où nous hélons un tuk tuk qui nous dépose à Ica. De là, nous négocions un bus pour Pucusana (bus qui va en fait vers Lima, mais nous déposera au bord de la route), trois heures de trajet dans un paysage désertique. Puis nous changeons pour un minibus, pour les huit kilomètres restants.
Pucusana est un petit village de pêcheurs tranquille. Des falaises, au loin dans la brume, lui donne un côté mystérieux. Mouettes, cormorans et pélicans se partagent le poisson pêché dans les eaux claires du port. Nous restons assis au bord de l'eau à observer le va et vient des pélicans pas farouches, squattant les bateaux de pêche et décollant par nuées. Deux otaries croisent aussi dans les eaux.
Nous dînons à l'Estéphania, grosses crevettes frites pour Stéph, j'opte pour le ceviche : lamelles de poisson cru, cuites dans du jus de citron. Les deux plats sont délicieux, servis avec un vin blanc de la région. On négocie un petit-déj pour demain matin, le patron nous propose un repas pas cher pour demain soir.
Nous rentrons repus et bourrés. Il est tard, au moins 20h30, nous nous couchons.

Dimanche 2 septembre : Découverte des environs de Pucusana

Temps gris aujourd'hui ; nous prenons une barque qui nous emmène en cinq minutes sur l'île en face du port, puis partons en faire le tour. Une centaine de pélicans squatte sur des rochers, des otaries s'y reposent. Au bout d'une heure le tour est fait, nous saluons un pélican qui prend la pose, puis reprenons une barque en sens inverse.
On achète des tamalès sur le marché, que nous allons manger dans la chambre. Puis, balade sur la plage, derrière le port ; ce village balnéaire semble abandonné. Belles maisons à deux étages servant seulement l'été, toutes leurs balustrades sont emmaillotées de papier journal.
Dîner, le soir, dans le même restaurant : ceviche de poisson pour Stéph, calamars frits pour moi. Après trois passages dans son restaurant, le patron fait la bise à Stéph en partant.
Nous avons confirmé le vol vers le Vénézuéla dans l'après midi, reste à faire les bagages.

Lundi 3 septembre : Miraflores… visite aux compagnies aériennes

A 10h nous arrivons à Lima. Ca pue, et à priori c'est pas très beau.
Nous visitons un hôtel, puis un deuxième dans lequel nous prenons une chambre. Il est sur trois étages, avec une terrasse au dernier, sur laquelle perruches, ara et tortues évoluent librement. Verdure omniprésente autour d'une petite cafétéria. Dans les couloirs des étages, statues de plâtre, tableaux anciens, vieille caisse enrégistreuse et momies… bref, un vrai musée.
Nous prenons un bus pour le quartier chic (Miraflores), voir ce que Taca (la compagnie aérienne qui nous emmène au Venezuela) peut faire pour nous. Réponse : rien ! Le billet volé a été vendu par l'agence Hahn, et seule cette agence peut faire quelque chose. Hors, cette agence est inexistante au Pérou, et apparemment ailleurs aussi.
Nous allons ensuite voir Aéropostale, billet suivant (Caracas vers Miami) qui nous fait un remboursement différé à six mois, pour un prix qu'elle estime, car bizarrement aucun prix n'est indiqué sur le billet.
On profite de la grande surface proche pour faire quelques courses, dont un emmental et des asperges. On se lâche !
Nous allons ensuite à China Airlines (vol New York vers Bali) et expliquons une nouvelle fois notre mésaventure. L'employée, compatissante, nous explique qu'elle attend du papier de Los Angeles pour pouvoir à nouveau éditer des billets, rien que ça ! Mais que de toutes façons, elle doit demander confirmation avant de pouvoir le faire ; elle nous laisse sa carte.
Nous faisons demi tour pour l'hôtel, dégoûtés ++. Si China Airlines ne refait pas le billet, notre voyage se finira à New York, quatre mois plus tôt que prévu.

Mardi 4 septembre : Re-démarches administratives

Emploi du temps encore très chargé aujourd'hui : Téléphoner à notre agence de voyage, à Paris, puis téléphoner aux renseignements internationaux pour trouver un numéro de téléphone de l'agence Hahn, poster les pellicules photo et le courrier, et donc trouver des enveloppes adéquates, aller à l'autre bout de la ville se renseigner sur les possibilités du trajet Lima – Caracas en bus (donc qui traverse l'Equateur et la Colombie), téléphoner à China Airlines voir s'ils ont pu faire quelque chose pour nous.
Conclusion : seule information de Paris : Hahn est une agence allemande ; les renseignements internationaux n'ont trouvé que Hahn Hélicoptères (qui sont sur répondeur). Pour le trajet en bus il faut compter cinq jours, pour 120$ par personne, donc pas beaucoup moins cher que l'avion. Quant à China Airlines ils n'ont toujours pas la confirmation de Los Angeles.
Bref, après cette journée de stress, nous nous baladons un peu, non loin de l'hôtel. Nous dînons sur la terrasse de l'hôtel : hamburgesa, puis emmental. Le soleil est revenu sur la ville. Peut être est-ce un signe !

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